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Voyage au Rwanda : jour 3

Partir du bon pied

Aujourd’hui est notre première journée complète au Rwanda, et nous sommes partis du bon pied. David Nkurunziza, le directeur des initiatives chez la Société biblique du Rwanda, nous a en effet amenés voir un emplacement de l’initiative Elle est ma sœur et le centre commémoratif du génocide. Si je suivais l’horaire, je parlerais d’abord d’Elle est ma sœur, mais il vaut mieux inverser les visites.

En 1994, on a massacré entre 700 000 et 1 000 000 de personnes pour débarrasser le pays de sa minorité tutsie. Nous avons passé deux ou trois heures au centre commémoratif du génocide, à lire des renseignements et à regarder des photos de ce chapitre sanglant de l’histoire du Rwanda. C’est l’une des expériences les plus troublantes que j’aie jamais vécues. Nous avons lu comment on a dépersonnalisé les Tutsis en les traitant encore et encore de coquerelles, dans les médias populaires. Nous avons vu des photos horrifiantes de nombreuses victimes et nous sommes allés dans une pièce où quatre coffres en verre contiennent des crânes et des fémurs humains. Une pièce renfermait seulement des photos de victimes et une autre, des effets personnels récupérés dans des endroits où des victimes se sont fait massacrer. Nous avons vu des fosses communes lesquelles, nous a-t-on dit, renferment les restes de plus de 250 000 victimes. Pouvait-il y avoir pire que cela? Réponse: malheureusement OUI!

Il y a en effet une pièce dédiée aux enfants. De petites affiches montrent chacune la photo d’un enfant et mentionnent sa nourriture préférée, son âge, ses meilleurs amis et sa couleur préférée; les choses diffèrent ensuite de ce qu’on pourrait s’attendre de voir sur un mur d’une salle d’école du dimanche: on mentionne en effet comment cet enfant est mort. Évitons les détails sordides pour dire simplement que le fait de regarder les yeux de ces beaux enfants a été pour moi comme recevoir un coup de massue dans le ventre. Comment ne pas voir les visages de mes petits-enfants? Comment ne pas haïr ceux qui ont perpétré ces horribles crimes? La réponse à cette dernière question nous est venue, dans le quartier de Mageragere.

Nous y avons fait la connaissance d’un groupe étonnant de 17 femmes (que je n’appelle pas des survivantes, puisqu’elles sont victorieuses). L’émotion prédominante que nous y avons ressentie était de la joie. En se présentant, beaucoup d’entre elles ont dit être veuves ou avoir un mari en prison. De bonnes raisons d’être déprimées et de s’apitoyer sur leur sort, mais ces femmes refusent de se contenter de survivre. Quand nous sommes entrés dans la pièce, elles nous ont accueillis en chantant et en dansant (voir la vidéo ci-dessous). On nous a traduit cette chanson: «Dieu a opéré un miracle pour nous, pour que tous le voient.»

Il y avait assez de miracles pour tout le monde. J’ai noté certains de leurs commentaires, pendant leurs témoignages.

«Avant de se réunir, beaucoup d’entre elles ne connaissaient pas Dieu; maintenant, aucune rencontre n’a lieu sans prière, parce qu’elles savent que Dieu se soucie d’elles.»

«Nous pouvons surmonter les problèmes: ce ne sont pas les problèmes qui nous surmontent.»

«La Bible nous a enseigné à combattre les problèmes et à prévoir en vue de l’avenir. Nous savons maintenant pouvoir faire quelque chose. Nous allons de l’avant, en élevant des enfants dans l’espoir.»

«Personne ne peut s’aider tout seul, mais ensemble, nous pouvons nous entraider émotivement et spirituellement et travailler ensemble pour gagner notre vie.»

«Nous étions en colère contre des femmes, des maris et des familles, mais nous avons appris à partager la vie avec ces femmes.»

On fait souvent appel à elles pour arbitrer dans des familles où il y a de la violence. Ces commentaires ressemblent-ils à ceux de survivantes, ou plutôt de personnes victorieuses?

Nous avons assisté à une réunion régionale de chefs de groupes de la région. Les groupes portent des noms comme S’aimer les uns les autresLutter pour la paix et Bâtir la paix. Une fois par mois, les femmes partagent le peu d’argent qu’elles ont avec celles qui sont dans le besoin. Elles ont appris à travailler ensemble à de petites fermes et une bonne partie de la guérison se produit à mesure qu’elles y travaillent ensemble.

Cela s’est passé samedi matin, mais avant de conclure les activités de la matinée, je veux sauter et parler du dimanche après-midi. On nous a alors amenés chez un centre de formation où 18 bénévoles de la Société biblique se sont réunis pour voir Harriet Hill, de la Société biblique américaine, laquelle est coauteure du livre sur la guérison des traumatismes qu’on utilise. Ces bénévoles étaient des infirmières, des psychologues cliniciens, des enseignants et un avocat. Ils nous ont dit que ce ne sont pas seulement les gens dont des membres de la famille se sont fait tuer durant le génocide qui sont traumatisés, mais que beaucoup d’autres le sont également: les enfants de ceux qui ont perpétré ces gestes et le stigmate qu’ils portent du fait que leur père ait été un meurtrier; les femmes qui ont été violées lors du génocide, dont certaines ont été infectées du VIH; les nombreux enfants qui sont nés de ces viols et le traumatisme qu’ils vivent; les femmes dont le mari a été libéré après avoir purgé sa peine pour sa participation au génocide. Beaucoup de ces mariages se sont soldés par un divorce et, parfois, un meurtre.

Les causes et les effets des traumatismes varient, mais la constante est la ferme croyance que la guérison des traumatismes mène à la guérison non seulement des victimes, mais aussi du pays. Encore et encore, j’ai entendu: «Le Rwanda est brisé». J’ai aussi entendu: «Merci à la Société biblique de nous permettre d’avoir cette documentation.»

Dans une conversation tenue en privée après la rencontre publique, une femme nommée Hildegard m’a dit: «Je ne sais pas comment remercier la Société biblique canadienne d’avoir permis cette guérison.» Je lui ai répondu: «Vous nous remerciez en poursuivant la guérison du Rwanda; peut-être le reste du monde pourra-t-il apprendre quelque chose quant à la guérison offerte en Jésus.»

Revenons au samedi et à la rencontre dans le quartier de Mageragere. Quand la réunion s’est terminée, Bev et Eleanor ont chacune reçu un cadeau: un panier tressé à la main. On nous a dit qu’il faut une semaine pour en fabriquer un si une femme y travaille quatre heures par jour. Un cadeau qui a coûté à quelqu’un 28 heures de travail effectué avec tendresse. Après avoir partagé une boisson gazeuse, nous sommes allés aux domiciles des deux femmes. Boniflid était enceinte de son fils Steven quand elle est devenue veuve, son mari étant décédé d’un accident de voiture. Un sentier très abrupt mène chez elle. Tellement abrupt qu’une de nos dames a dû tenir le bras d’un homme nommé Partais, qui est pasteur et bénévole chez la Société biblique. (Partais nous a livré son témoignage, racontant avoir perdu sa femme, deux enfants et 46 membres de sa famille élargie.) Boniflid habite une modeste hutte de terre dont le plancher est en terre également. Couturière accomplie, elle portait l’une de ses créations.

Gift of EggsDes cadeaux venant de cœurs reconnaissants. Ces œufs représentent l’amour et la gratitude de femmes que l’initiative Elle est ma sœur a permis de rejoindre.

Nous sommes aussi allés au domicile de Sécilia et de son fils Florian. Âgé de 22 ans, ce dernier veut économiser suffisamment d’argent grâce à son emploi en construction pour ensuite fréquenter l’université et devenir ingénieur civil. Sécilia est également veuve et vit avec sa mère et deux enfants. Elle a deux autres enfants adultes qui ont leur propre domicile.

Après tout ça, ces gens nous ont comblés de joie en nous donnant des œufs. Des œufs! Que pouvions-nous faire avec des œufs? Cela représentait leur amour et leur gratitude. À même leurs maigres ressources, ils nous ont donné tout ce qu’ils pouvaient. Je ne sais pas si je recevrai un jour un cadeau plus merveilleux que cela.

La prochaine entrée de blogue décrira un merveilleux culte, chez une assemblée baptiste.

Suivez le voyage de l’équipe de la SBC. Lisez le blogue Voyage au Rwanda: jour 4.

 

À propos de l’auteur:

M. Len Bachiu est directeur de la promotion de l’œuvre biblique, au Manitoba et en Saskatchewan. Il aime écrire et faire part de ses expériences sur son blogue intitulé Keeping the Son in My Eyes (keepingthesoninmyeyes.wordpress.com).

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