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Joies et défis à courir 50 km dans la région sauvage de Monkman

Lisa Ramer participe à l’initiative À vélo pour la Bible depuis bien des années, mais en 2013, elle a décidé de prendre part à un événement différent pour recueillir des fonds destinés à la distribution de Bibles au Rwanda (Elle est ma sœur). Cette initiative appelée la folie de Monkman (Monkman Madness), que Lisa avait elle-même organisée, mettait en cause une autre activité dont elle raffole: la course. En compagnie de quelques amis, elle s’est entraînée durant l’été pour se préparer à courir 50 kilomètres à travers la région sauvage du parc provincial Monkman, en Colombie-Britannique. Lisa a terminé la course avec succès le 24 août. Dans le présent article, elle fait part de ce qu’elle a vécu le long des sentiers du parc Monkman: les décisions à prendre, les difficultés et les joies de la course et le sentiment d’atteindre un objectif personnel.


«Je cours parce que cela représente tellement la vie. Il faut se motiver soi-même à surmonter les obstacles. On peut avoir l’impression de ne pas pouvoir réussir, mais on finit par trouver une force intérieure et l’on comprend pouvoir faire tellement plus qu’on ne l’avait cru.» Arthur Blank

Dans mes pensées, vendredi matin, je me concentrais sur l’espoir que cela puisse être vrai. J’ai revu ma liste de vérification plusieurs fois: trousse d’hydratation (laquelle apporter: la petite, en ayant le minimum, ou la plus grosse en étant sûre d’avoir tout le nécessaire?); bas (Smartwool ou bas à orteils Injiji?); quels gels et en quelle quantité?; combien de temps au juste allions-nous passer dans ce sentier, de toute façon?; combien d’eau apporter? Nous pensions remplir nos bouteilles à partir d’un ruisseau, le long du sentier, mais nous ne savions pas où il se trouvait. Oh, mais Brad (notre «assistant» en véhicule) allait nous laisser deux litres d’eau à une distance de 13,5 kilomètres du départ (j’espérais pouvoir les trouver!). J’étais heureuse d’avoir un nouveau blouson imperméable Patagonia, lequel est super léger, occupe peu d’espace de rangement et a belle apparence! La couleur d’un ciel bleu ensoleillé… je pourrais au moins sembler avoir la tête de l’emploi même si je ne me sentais pas à la hauteur!… Ah oui, la liste de vérification!

Voici comment s’est passée la journée entière. Étais-je prête? Eh bien, du point de vue de l’équipement, j’avais tout ce qu’il fallait pour que la journée réussisse. Mais les jambes et les pieds, eux? Mon talon tiendrait-il le coup? Je serais accompagnée de deux coureurs très accomplis, soit Garry Roth (un homme qui franchit les 100 mètres en moins de 10 secondes) et Paul Birnbaum (un champion coureur de l’état du Kansas). Allais-je les ralentir? Je devrais peut-être mettre de côté mon orgueil et les ralentir pour survivre et franchir toute la distance. Allais-je pouvoir faire cela? Je ne m’étais entraîné sérieusement que pendant huit semaines, soit une période insignifiante pour ce qui est d’attaquer un sentier montagneux de 50 km au pas de course. Où avais-je la tête?

Où avais-je la tête MAINTENANT?

«J’ai hâte d’y aller!», «J’adore me sentir bien en vie en dévalant un sentier, sur mes deux jambes!», «Allons-nous voir des ours?»

Le samedi matin s’est levé en amenant un ciel couvert et une température douce, ce qui était propice à la course, à condition que le ciel plombé ne nous amène pas de déluge. Je me suis réveillée à 7 h, me suis préparé un bol de gruau en y ajoutant des raisins secs et des noix, et j’ai avalé une gorgée de café. J’ai fait le dernier choix de vêtements, enfilé la trousse d’hydratation sur mon dos, et nous sommes partis avant 8 h.

Nous avons commencé TRÈS lentement, ayant une longue journée devant nous. J’ai trouvé étonnant (et quelque peu consternant) de voir la quantité de racines qui s’étalaient pour me faire trébucher. La pluie s’est alors mise de la partie, rendant dangereusement glissante chaque racine et chaque pierre que nous rencontrions. Il y en avait une quantité incroyable: c’était comme danser entre les racines.

Runners on a bridge
La traversée de la rivière Murray

J’ai trouvé captivante la traversée de la rivière Murray, à 7 km du départ : un pont suspendu se balance au-dessus de l’eau qui dévale la rivière. Le fait de regarder en bas m’a soudainement donné le mal des transports, l’eau déferlant de gauche à droite sous mes pieds. Je me suis dit de regarder en avant et de profiter de l’élasticité du pont. Ce dernier franchi, nous avons passé quelques kilomètres à monter et monter… jusqu’à la crête qui nous a récompensés en nous offrant des paysages étonnants! Le monde s’est ouvert et nous avons été accueillis par des chaînes de montagnes et une rivière cachée dans la vallée. Il était difficile de ne pas trébucher, alors que nous regardions au loin malgré les risques pour avoir un aperçu de cette beauté plutôt que de regarder où poser les pieds.

Le prochain jalon à surveiller était celui des 13,5 km, où Brad devait nous laisser de l’eau. Mais arrivés là, il n’y avait rien. Nous avons poursuivi et sommes arrivés à une clairière de camping sauvage, à la distance de 14 km, toujours sans eau. Qu’était-il advenu de Brad? Il n’y avait rien à faire sauf continuer, alors nous sommes partis et avons vite atteint un ruisseau d’eau claire où nous avons trouvé deux bouteilles pleines, dans l’eau fraîche. Il y avait là d’autres friandises pour nous également: ce furent les meilleurs biscuits aux brisures de chocolat que j’aie jamais mangés!

Nous sommes repartis et tout s’est bien passé jusqu’à ce que se manifeste la fatigue, puis VLAN!, Garry a glissé sur une roche mouillée et s’est étiré un muscle de l’aine, ce qu’il a fait de nouveau peu après. Ce fut ensuite mon tour: je suis passé sur une pierre glissante et j’ai senti mes pieds partir en l’air. Je tombais au ralenti pour éviter l’inévitable, mais rien à faire! Je suis tombée en un amas de bras et de jambes, atterrissant sur une pierre de la grosseur d’un pamplemousse. Jamais je n’ai été si reconnaissante de ma trousse d’hydratation qu’en ce moment-là, cette dernière ayant encaissé le gros de l’impact engendré par cette méchante roche, au milieu du sentier.

Nous avons poursuivi à un rythme qui me semblait prudent et Garry était tout juste en train de reprendre la forme quand une racine a rebondi et lui a agrippé un pied, lui tordant la cheville. Aïe! Nous avons alors franchi quelques kilomètres à la marche pour nous rétablir de ces chutes.

Runners on a bridge
Le lac Monkman. Voilà le paysage qui attendait Lisa et ses compagnons quand ils sont arrivés à mi-parcours, là où ils ont amorcé le retour.

Nous sommes arrivés au lac Monkman, à mi-chemin de notre parcours, à 12 h 20. Nous avons ressenti la chaleur du soleil pour la première fois, ce jour-là. Brad avait préparé une table à pique-nique pleine de bonnes choses que nous allions savourer avec enthousiasme: soupe chaude, thé, bretzels, collation d’algues, huîtres (ouais… un peu étrange, mais qui pouvait savoir ce que ces ultra-coureurs fous avaient envie de manger?), bonbons à la gélatine et bien d’autres choses! Je trouvais incroyable qu’il ait empaqueté tant de choses pour nous, la veille. Son sac à dos devait peser une tonne. Voilà du sacrifice ! Il a été notre héros de la journée.

Après avoir ainsi cassé la croûte et trempé nos pieds endoloris dans l’eau froide au point de nous engourdir les chevilles du lac Monkman, et après avoir échangé nos bas mouillés et couverts de boue contre des bas secs, nous avons décidé de quitter le confort que nous offrait Brad et d’amorcer le retour. Et quelle randonnée cela a été!

Nous avons décidé de faire un détour hors de la montagne et d’emprunter un couloir, pour aller voir les chutes que j’avais vues en photos sur Google Earth, en préparant notre parcours. Comment pouvions-nous ne pas aller voir quelque chose de si parfait après être venu de si loin? Le sentier qui descendait la montagne était incroyable! Nous avons franchi des endroits couverts de mousse, des creux et des serpentins et vu des tas et des tas de baies! Nous avons ralenti, nous arrêtant pour nous empiffrer de ces baies ultra-sucrées et parfaitement mûres. Il y avait partout des buissons de baies et tellement de variétés. C’était sans contredit un paradis pour les ours!

J’ai regardé autour de moi. Alors, où étaient messieurs les ours? Nous avions vu des empreintes d’ours, des excréments d’ours, mais pas d’ours. Il m’est venu à l’esprit une petite chanson qui parle d’ours qui font un pique-nique, en espérant que nous ne fassions pas l’objet de ce pique-nique!

Les chutes Gwillam valaient la distance supplémentaire. Nous avons profité de leur splendeur pendant quelques moments. Des vues comme celle-ci me convainquent de la bonté de Dieu. En effet, il n’avait pas besoin de créer des couleurs si éclatantes ni une beauté si pure, si sauvage, qu’il a placées là où seulement une poignée de gens les verraient. Il nous aime vraiment!

Nous avons dû revenir à notre sentier initial en espérant que Brad nous ait devancés. Nous blaguions à l’idée de nous approcher de lui à son insu, puis de bondir brusquement des buissons. Mais à chaque virage et contournement du sentier, il n’y avait personne. Brad n’était pas là. Je me consolais en pensant qu’il était probablement toujours derrière nous. Mais alors qu’il restait 15 km à franchir, nous avons finalement vu Brad. Il se trémoussait! L’expression, sur son visage, n’avait pas de prix! Paul, notre mordu de la vitesse, l’a rejoint le premier. Brad avait peine à nous croire quand nous lui avons dit où nous étions allés. Il s’est exclamé: «Qu’est-ce que vous faites?! Vous êtes allé voir les chutes? Vous êtes cinglés!»

Nous sommes repartis, après avoir pris une brève collation et un peu plus d’eau fraîche du ruisseau. C’est alors que Paul s’est mis à foncer. Je me sentais alors très bien et je le gardais en vue. Nous avons très rapidement franchi 10 km; nous avons en fait effectué un semi-marathon de 2:20 durant la deuxième partie de cette course, ce qui est passablement rapide pour moi, en terrain montagneux. J’étais enthousiasmée!

Il faisait bon de voir le pont suspendu, au retour. À ce point-ci, je trouvais fatigant de lever les pieds suffisamment pour éviter de trébucher sur des racines. Le pont signifiait qu’il ne restait plus que sept kilomètres à franchir. Je jurerais cependant que quelqu’un a mal mesuré les distances. Je me disais: «Oh là là! Ça s’annonce difficile.» Les quelques derniers kilomètres ont été un mélange pénible et ennuyeux à mourir de marche et de jogging, redevenant de la marche quand les racines étaient trop nombreuses pour que je risque de courir.

Seuls deux incidents dignes de mention se sont produits durant les 7 derniers km. Le premier a été ma soudaine chute, tête première! Mon pied droit a en effet rencontré une racine qui a refusé de bouger. Il n’y a pas eu de bras ni de jambes en l’air, pas de trébuchement au ralenti: juste vlan! Je me suis retrouvée par terre instantanément, me blessant à l’épaule. Je me suis relevée en tremblant. J’ai poursuivi à la marche un peu, puis, sans réfléchir, je me suis remise à courir en pensant que plus je courrais, plus vite je pourrais revenir au terrain de camping pour manger, m’asseoir… Puis, quand j’ai utilisé mon avertisseur à air comprimé, cela a provoqué un immense fracas dans les buissons, derrière moi, à ma droite: quelque chose de gros a eu peur! J’ai repris mon rythme.

Comme il a été merveilleux d’arriver au terrain de camping! Hannah et Ben (nos bénévoles adolescents) avaient fait un feu et faisaient cuire le souper. Assise sur un banc, j’ai enlevé mes chaussures et mes bas couverts de boue à l’aide de mes mains enflées. Mes pieds semblaient avoir trempé dans une baignoire pendant des semaines! De la nourriture, une douche et du repos ont revigoré mon corps fatigué; j’ai ressenti l’allégresse d’avoir fini en beauté! J’avais eu ce qu’il fallait pour franchir les 50 km et j’en savourais chaque seconde!

Ce fut une journée des plus excellentes et j’ai couru en compagnie de Garry et Paul, des étoiles de la course. Ils ont été de merveilleux compagnons et je suis honorée d’avoir couru avec eux.

Il faudra recommencer!

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