Réflexions sur la Semaine sainte

La Semaine sainte suscite souvent en moi un bouleversement d’émotions. Elle commence par l’euphorie de l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le dimanche des Rameaux. À mesure que la semaine avance, on éprouve de plus en plus un sentiment d’effroi. La tristesse et la confusion imprègnent la Sainte Cène, suivies des horreurs de la trahison, de la flagellation et de la crucifixion, le Vendredi saint. Deux jours plus tard, il y a l’exubérance inattendue et exorbitante de la résurrection. Le fait de relire les récits de la Semaine sainte, au fil des ans, a en quelque sorte atténué ma sensibilité et mes émotions : cette histoire n’est plus qu’une autre pierre angulaire de notre foi.

Intercalé entre le Vendredi saint et le Dimanche de Pâques cependant, il y a un samedi, une journée dont nous n’avons en fait pas tenu compte, ne comprenant pas que la plupart d’entre nous vivent des samedis de la vie. (Tweetez ceci). Notre théologie rate l’importance des ténèbres et du désenchantement que les disciples ont vécus durant cet « entracte » du samedi qui sépare le Vendredi saint du Dimanche de Pâques. (1)

En ce premier Vendredi saint, les disciples ignoraient qu’il y aurait un Dimanche de Pâques. Leur maître, qu’ils avaient fini par comprendre être Dieu même, venait de mourir sur une croix. Les promesses d’un monde meilleur et du Royaume à venir venaient d’être fracassées par les événements du jardin de Gethsémané et tout ce qui s’en est suivi, aboutissant à l’horreur et au désespoir de la crucifixion. Les ténèbres, la confusion et l’anéantissement de leurs rêves qu’ils ont ressentis en se réveillant, le samedi matin, sont difficiles à imaginer : seuls ceux et celles qui ont vécu la mort soudaine, horrifiante et tragique d’un être cher peuvent comprendre. C’est seulement plus tard qu’ils allaient comprendre le sens de la croix, que cette dernière est le moyen par lequel nos péchés sont pardonnés et grâce auquel nous pouvons nous réconcilier avec Dieu, notre Créateur.

Ce qui s’est déroulé, ce Dimanche de Pâques là, allait en effet transformer à jamais les disciples. La résurrection était tellement inattendue, tellement stupéfiante, tellement incroyable ! Le fait de comprendre que la mort avait été vaincue, que le rêve d’un nouveau monde n’était pas mort, que nous ne sommes pas emprisonnés dans notre corps malade et brisé et que nous n’avons pas à être esclaves du mal, a fait tressaillir de joie les disciples. Le sentiment de désolation, que le samedi du récit du salut évoque avec tant d’éloquence par son silence, n’est pas la fin de l’histoire. Il y a une résurrection et Dieu réapparaît.

Nous passons pourtant une si grande partie de notre vie en samedis du récit du salut, où des rêves, des espoirs et des parties de nous-mêmes meurent, où nous nous sentons seuls et abandonnés. Contrairement aux disciples, qui ignoraient qu’il y aurait un Dimanche de Pâques, nous savons avoir un avenir grâce à la résurrection. La promesse d’une nouvelle vie et d’un nouveau départ qu’offre le Dimanche de Pâques apparaît clairement. Un jour, dans l’ordre social, économique et politique de la société, il y aura de la paix et de la justice, la promesse du Royaume de Dieu. Nous avons hâte au jour où « Maintenant, le pouvoir de gouverner le monde est à Dieu notre Seigneur et à son Messie. Il sera roi pour toujours. » (Apocalypse 11,15)

Nous connaissons la réalité de la crucifixion et de la résurrection à cause des récits historiques des témoins oculaires que renferme la Bible. En relisant les événements qui se sont déroulés durant la Semaine sainte, puissiez-vous rencontrer le Dieu qui se révèle en tant qu’Emmanuel, Dieu avec nous.


(1)En remerciant comme il se doit Jürgen Moltmann, The Crucified God, Douglas John Hall, The Cross in our Context: Jesus and the Suffering World et Alan E. Lewis, Between Cross and Resurrection: A Theology of Holy Saturday.

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Rev Dr Rupen Das

À propos de l'auteur : 

Le rév. Rupen Das (doctorat en pastorale) est le nouveau directeur national de la Société biblique canadienne.

M. Das arrive chez la SBC en tant que missiologiste chrétien qui possède une expérience considérable de la gestion et du travail sur le terrain ; il est animé d’un vif désir de servir des organismes missionnaires nationaux et internationaux, selon une démarche œcuménique. Il a acquis une vaste expérience de leadership quant à la mise en valeur d’organismes et de stratégies de financement innovatrices. Au niveau universitaire, M. Das est un professeur accompli, ayant été érudit invité à l’Université Harvard et membre auxiliaire du corps professoral, à l’Université Eastern. Il a récemment obtenu un doctorat en théologie pratique chez l’Université Acadia, en Nouvelle-Écosse ; il est professeur-chercheur de théologie au séminaire Tyndale, à Toronto. M. Das et sa femme Mamta ont deux enfants adultes mariés, qui ont chacun leur propre famille.